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DECOUVERTE
 BAOBAB CIMETIERE DE SINDIA : «Gouye GuĂ©wel», tĂ©moin d’une tradition d’inhumation des griots sĂ©rĂšres

Dans la sociĂ©tĂ© ancienne des SĂ©rĂšres, les griots morts n’étaient pas enterrĂ©s. Selon une vieille croyance, les enterrer symboliserait la rĂ©tention de l’eau dans le ciel. Et pour cette raison, ils Ă©taient dĂ©posĂ©s et superposĂ©s dans des trous de baobab.

SINDIA – L’adansonia digitata, communĂ©ment appelĂ© baobab, est bien connu des SĂ©nĂ©galais et principalement des Africains du fait de ses nombreuses vertus. C’est un arbre Ă  usage multiple et Ă  la longĂ©vitĂ© exceptionnelle. Partout en Afrique, ses diffĂ©rentes parties (racines, Ă©corces, feuilles, pulpe et graines) sont utilisĂ©es Ă  des fins thĂ©rapeutiques, nutritionnelles, voire commerciales. Cependant, le baobab revĂȘt un statut particulier dans les ethnies SĂ©rĂšres avant la pĂ©riode post indĂ©pendance. Dans plusieurs provinces sĂ©rĂšres, ces arbres gĂ©ants abritaient les tombeaux d’une certaine caste, notamment des griots. Une communautĂ© qui se caractĂ©rise dans la sociĂ©tĂ© sĂ©nĂ©galaise et africaine par la maĂźtrise de la tradition orale et culturelle.

Le griot est ainsi considĂ©rĂ© comme Ă©tant le dĂ©positaire de la tradition orale. Mais cette parfaite maĂźtrise de la tradition orale et culturelle ne leur donne pas le droit de se reposer dans les cimetiĂšres des «nobles» une fois la mort survenue. Dans la tradition paĂŻenne, les ethnies sĂ©rĂšres n’enterraient pas leurs griots, ils les dĂ©posaient Ă  l’intĂ©rieur des troncs creux de gros baobabs. Une tradition qui a Ă©tĂ© longuement conservĂ©e par ces derniers jusqu’au XXe siĂšcle. Si dans d’autres provinces comme Ă  Kahone (une localitĂ© situĂ©e Ă  5 km nord-est de Kaolack), le roi dĂ©posait les dĂ©pouilles d’une catĂ©gorie de griots dans les baobabs pour les honorer, c’est le contraire qui se produisait dans les autres ethnies sĂ©rĂšres, comme Ă  Fimela, Ă  Nianning, Ă  Sindia et autres lieux du pays.

Un baobab pour tombeau

Un baobab pour tombeau

 

En visite Ă  Sindia Lorome au «Gouye GuĂ©weul», comme l’appellent communĂ©ment les rĂ©sidents de cette localitĂ©, l’on nous fait dĂ©couvrir un de ces baobabs-cimetiĂšres des griots parmi les trois qui se trouvent dans le village de Sindia.  SituĂ© Ă  quelques jets de la route nationale n°1, sur l’axe Dakar-Mbour, «Gouye GuĂ©weul» est bien connu des populations de Sindia qui venaient visiter et dĂ©couvrir le secret de ce pittoresque site tĂ©moin d’une pratique vieille de plus de 70 ans. Autrefois, le baobab Ă©tait perdu au milieu de la forĂȘt, mais aujourd’hui, avec la dĂ©forestation et le dĂ©senclavement, l’arbre est visible sur tous ses angles. Sur ses 20 mĂštres de haut et 15 mĂštres de diamĂštre environ, le majestueux et gigantesque baobab tombeau garde jalousement son secret. A l’approche du baobab sacrĂ©, la vue est fascinante. Les trous qui longent le long de l’arbre donne un aperçu sur la situation historique du baobab cimetiĂšre. On y dĂ©nombre 6 trous.

«Enterrer un griot serait synonyme de sécheresse ou de saisons des pluies moins abondantes»

A proximitĂ© de ces trous, l’on observe aisĂ©ment les ossements humains (crĂąnes, cĂŽtes, tibias) qui sont au fond du baobab. «Les 6 trous qui y figurent Ă©taient utilisĂ©s pour faire passer le dĂ©funt que l’on dĂ©posait au cƓur de l’arbre», rĂ©vĂšle notre guide, Moussa Waly Ciss. Et de prĂ©ciser : «Les griots morts Ă©taient dĂ©posĂ©s dans les baobabs parce que, selon la tradition ancienne des SĂ©rĂšres, enterrer un griot serait synonyme de sĂ©cheresse ou de saisons des pluies moins abondantes».

Rappelons que cette localitĂ© de Sindia est majoritairement habitĂ©e par des SĂ©rĂšres. Et pourtant, avant la pĂ©riode poste coloniale, ce terroir Ă©tait le fief des SocĂ©s. D’ailleurs, c’est cette ethnie qui baptisa le village Sindia, un mot qui signifierait restez ici – oĂč l’espace est sĂ©curisĂ© mystiquement – tout habitant et visiteur qui y accĂšdent. C’est aprĂšs le dĂ©part des SocĂ©s que ce territoire fut occupĂ© par les SĂ©rĂšres. Ce sont ces derniers qui seront les acteurs de cette pratique. Selon la dame Adama Diouf, sa communautĂ© a souffert de cette «injustice» pendant deux dĂ©cennies. «Je ne connais pas le nombre exact de corps qui ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s dans ce baobab. Mais je suis en mesure de vous rĂ©vĂ©ler qu’ils sont une vingtaine. C’est une pratique qui a durĂ© des annĂ©es et des annĂ©es», rĂ©vĂšle la dame que nous avons trouvĂ©e assise devant un magasin avec sa marchandise Ă©talĂ©e Ă  mĂȘme le sol. «Au temps, ce n’est pas n’importe qui, qui faisait entrer le dĂ©funt dans le trou du baobab. Il fallait ĂȘtre un mystique, armer de pouvoir surnaturel pour le faire», confie A. Diouf avant d’ajouter : «C’était un certain Samba Faye qui dĂ©posait les morts Ă  l’intĂ©rieur du baobab».

Mais cette façon d’inhumer n’était pas chose aisĂ©e. Car Ă  en croire la dame, «celui qui doit dĂ©poser le corps dans le baobab devait arrĂȘter de respirer pendant tout le temps qu’il se trouve Ă  l’intĂ©rieur du baobab cimetiĂšre. Sinon un grand malheur aller s’abattre sur lui». Sur les raisons de ces conditions d’inhumation, Adama Diouf, issue d’une lignĂ©e de griots s’indigne : «Ils disposaient les corps dans ces trous de baobab parce qu’ils ne respectaient pas notre dignitĂ© humaine».

Une position qui est renforcĂ©e par un de ses pairs SoulĂšye Faye. D’aprĂšs ce dernier, «leurs actions Ă©taient guidĂ©es par l’ignorance». «Ce baobab Ă©tait notre cimetiĂšre et la pluie tombait. Aujourd’hui, nous sommes inhumĂ©s sous terre et le ciel continue de pleuvoir. Ceci explique tout simplement qu’ils Ă©taient des paĂŻens et qu’ils ne croyaient en rien», se dĂ©sole SoulĂšye Faye.

Notons que par manque d’études scientifiques et de datation des ossements, il est quasiment impossible de dire le nombre exact de corps qui reposaient dans ce baobab et depuis quand ils y sont.

ADAMA DIOUF, PETITE-FILLE DE NDEBANE DIOUF, DERNIERE A ETRE ENTERREE DANS LE BAOBAB : «Ma grand-mÚre et mon frÚre ont été enterrés dans ce baobab tombeau»
SINDIA – Dans la communautĂ© actuelle des griots de Sindia, il est rare, voire impossible, de trouver un tĂ©moin oculaire de ces sĂ©ries d’enterrements. Les quelques rares personnes capables de tĂ©moigner sur les faits n’étaient pas nĂ©es ou encore trop jeunes pour se rappeler vĂ©ritablement de ces Ă©vĂ©nements. Mais en bonne conservatrice de la tradition orale, Adama Diouf, ĂągĂ©e de plus de 70 ans, nous raconte l’histoire que sa grande mĂšre et son frĂšre ont vĂ©cue. Ce, d’autant plus que sa grand-mĂšre a Ă©tĂ© la derniĂšre personne a ĂȘtre inhumĂ©e dans ce baobab.

«La derniĂšre personne Ă  ĂȘtre enterrĂ©e dans ce baobab est mon aĂŻeule. C’est la maman de mon pĂšre et elle s’appelait NdĂ©bane Diouf. C’est elle qui fut la derniĂšre griotte a ĂȘtre inhumĂ©e dans ce baobab», renseigne Adama Diouf. Elle explique, qu’avant sa grand-mĂšre, un autre membre de sa famille a Ă©tĂ© enterrĂ© dans le baobab cimetiĂšre. «Mon petit frĂšre du nom d’Aliou Diouf est lui aussi enterrĂ© dans ce baobab. Ma grand-mĂšre et mon frĂšre ont Ă©tĂ© enterrĂ©s dans ce baobab tombeau», confie Adama Diouf. «Des membres de ma famille reposaient dans ce baobab. Mais tout cela, c’était Ă  cause de l’ignorance, car nous sommes tous des descendants d’Adama et Awa. Maintenant, nos enfants ont grandi et appris le Coran. Et tout cela est Ă  ranger aux oubliettes».

MALGRE LA CESSATION DE LA PRATIQUE DU BAOBAB CIMETIERE : Les griots de Sindia n’enterrent toujours pas leurs morts dans le mĂȘme cimetiĂšre que les SĂ©rĂšres

SINDIA – Lorsque que les religions rĂ©vĂ©lĂ©es ont Ă©tĂ© en pleine expansion au Sine et au Walo, les SĂ©rĂšres ont commencĂ© Ă  se convertir et Ă  abandonner progressivement certaines pratiques paĂŻennes. Mais il a fallu attendre l’arrivĂ©e de l’islam et la conversion grandissante de cette ethnie pour pouvoir abolir de maniĂšre dĂ©finitive cette pratique. La cessation des cultes paĂŻens s’est produite de plusieurs maniĂšres, et selon plusieurs formes.

Contrairement aux griots de Fimela qui se sont rebellĂ©s, de maniĂšre violente, pour mettre fin Ă  la pratique de l’inhumation de leurs morts dans les baobabs cimetiĂšres, ceux de Sindia et de ses environs ont attendu jusqu’au lendemain des indĂ©pendances pour s’y opposer. C’est sous la houlette du vieux Dibor Diouf que la communautĂ© de griots de Sindia, Ă©prise de justice, est allĂ©e auprĂšs du chef de canton d’alors, Aladji SocĂ© Sall, pour demander l’octroi d’un terrain afin d’y inhumer ses morts dans les rĂšgles de l’art.

Selon les rĂ©cits de nos interlocuteurs, c’est aprĂšs leur conversion Ă  l’islam que leurs parents paĂŻens se sont dĂ©marquĂ©s de cette tradition qui a longtemps Ă©cƓurĂ© les griots sĂ©rĂšres. Ainsi, se rappelle A. Diouf, «nos grands parents se sont regroupĂ©s pour faire savoir Ă  la communautĂ© que tous les hommes naissent Ă©gaux et que dĂ©sormais les griots doivent enterrer leurs morts comme le prĂ©dit l’islam». A l’en croire, c’est son grand pĂšre qui fut le premier Ă  bannir cette pratique. «Mon grand-pĂšre, Modiane Diouf, a Ă©tĂ© le premier Ă  interdire cette pratique. AprĂšs sa conversation Ă  l’islam, il est allĂ© chercher un espace dans les champs des SĂ©rĂšres pour en faire un cimetiĂšre», renseigne-t-il en indiquant qu’à la mort des jumeaux d’Ablaye Faye, ce dernier s’est rĂ©voltĂ© et les a enterrĂ©s dans les champs des SĂ©rĂšres qui deviendront leur cimetiĂšre. «Adama et Awa sont les premiers dĂ©funts de notre descendance Ă  ĂȘtre inhumĂ©s de façon humaine», dit Adama Diouf.

Si cette conversion Ă  la religion musulmane et les dĂ©marches auprĂšs des chefs religieux comme Ababacar Sy ont Ă©tĂ© dĂ©terminantes dans la cessation de cette pratique, l’on nous signale aussi que les indĂ©pendances ont eu un effet considĂ©rable dans l’abandon de cette forme d’inhumation. «Au lendemain des indĂ©pendances, Senghor a mis fin Ă  cette pratique», explique SoulĂšye Faye qui rajoute que «Senghor a fait remarquer Ă  la communautĂ© que si nous payons tous les mĂȘmes impĂŽts, on doit en retour avoir le droit d’inhumer nos morts dans des cimetiĂšres. Et depuis, nous avons notre propre cimetiĂšre, mais qui est diffĂ©rent de celui du reste de la communautĂ© SĂ©rĂšre».

Effectivement, confirme le chef de village de Sindia, Ibrahima Seck, les griots ont leur propre cimetiĂšre qui est diffĂ©rent de celui du reste de la population. Ayant prĂ©fĂ©rĂ© souscrire aux propos des griots SoulĂšye Faye et Adama Diouf, du fait, dit-il «de la sensibilitĂ© du sujet», il fait noter que dans ce village sĂ©rĂšre, «le dĂ©bat sur l’historique du baobab est considĂ©rĂ© comme un sujet tabou, et les descendants de cette communautĂ© ne veulent plus parler d’une pratique vieille de plus de 70 ans».

CONSIDERE COMME UN BAOBAB SACRE : «Gouye GuĂ©wel» ne doit pas ĂȘtre un lieu touristique, selon les griots
SINDIA – Contrairement aux baobabs de Kahone, de Nianing et de la rĂ©serve de Bandia, qui sont devenus un patrimoine national sacrĂ© et ouvert au grand public, celui de Sindia reste fermĂ© aux visiteurs et aux touristes.

A Sindia, «Gouye GuĂ©wel» ne connaĂźt pas la grande affluence. Les visites sont rĂ©duites et les lieux sont quasi dĂ©serts. Le baobab tombeau est renfermĂ© sur lui-mĂȘme. N’eussent Ă©tĂ© ses nombreux trous qui attirent l’attention des curieux et les quelques ossements Ă  l’intĂ©rieur de l’arbre, on n’oserait pas croire que ce baobab fut un lieu d’enterrement des griots. Et pour cause, les familles des griots refusent l’accĂšs aux antiquaires et les inconditionnels touristes qui veulent fouiller dans leur passĂ©.

Pourtant, vers les annĂ©es 1990 et 2000, ce lieu Ă©tait ouvert au public. Si la communautĂ© des griots a pris la dĂ©cision de fermer l’endroit, c’est parce que des malfrats y faisaient des pratiques malsaines. Pour SoulĂšye Faye et compagnie, les injustices qufont vĂ©cues leurs arriĂšres grands parents ne doivent pas ĂȘtre source de revenus pour quiconque. «Il fut des temps, ils vendaient les ossements aux blancs et cela nous faisaient trop mal. Et malgrĂ© nos multiples sommations, les antiquaires continuaient de vendre les crĂąnes et les os de nos ancĂȘtres aux blancs», indique SoulĂšye Faye. Poursuivant il ajoute : «Personne d’entre-eux n’accepterait qu’on dĂ©terre ses parents et qufon vende ses restes aux touristes».

«Nous sommes prĂȘts Ă  nous sacrifier pour que ces pratiques cessent. C’est une page qu’il faut tourner. MĂȘme pour des milliards de francs Cfa nous nfaccepterons pas que les ossements de nos parents soient retirĂ©s du baobab et vendus Ă  des inconnus, ou en faire un site touristique. Il en va de notre dignité», prĂ©vient M. Faye. Et de rĂ©vĂ©ler que «quand les antiquaires ont persistĂ© Ă  vendre les restes de nos aĂŻeux, nous avons recueilli tous les ossements qui se trouvaient dans le baobab et on les a mis dans un sac pour ensuite les enterrĂ©s dans une fosse quelque part dans la forĂȘt».


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On croyait tout savoir sur les baobabs de Grandidier, jusqu’à leur nombre qu’on estimait à 50 000. Une exploration plus pointue à base d’images satellitaires permet d’affirmer qu’ils sont plus de trois millions sur l’ensemble du territoire.

Baobab : L’arbre gĂ©ant qui cache la forĂȘt

Baobab : L’arbre gĂ©ant qui cache la forĂȘt

Son large tronc coiffĂ© d’une couronne de branches Ă  une trentaine de mĂštres du sol fait partie intĂ©grante du paysage malgache. L’arbre le plus emblĂ©matique de l’üle, avec le ravinala. Et pour cause : sur les huit espĂšces de baobabs existant Ă  travers le monde, sept se trouvent Ă  Madagascar et six d’entre elles sont tout simplement endĂ©miques. L’espĂšce la plus connue et la plus gigantesque est Adansonia Grandidieri (baobab de Grandidier) que l’on trouve sur la fameuse allĂ©e des baobabs, Ă  Morondava, tandis que dans le bush, les spĂ©cimens sont gĂ©nĂ©ralement plus ventripotents.
« Un vĂ©ritable arbre citerne car sa masse est constituĂ©e d’eau Ă  95 % », fait remarquer Cyrille Cornu, chercheur au Cirad (Centre de coopĂ©ration internationale en recherche agronomique pour le dĂ©veloppement). En poste Ă  Madagascar depuis deux ans, il a mis au point une technique trĂšs innovante pour les Ă©tudier : l’utilisation d’images satellitaires obtenues sur Google Earth en se postant Ă  un kilomĂštre d’altitude, Ă  raison de deux heures d’observation par jour ! « Balayant un espace de 200 00 kmÂČ, le satellite permet d’observer des zones jusque-lĂ  vierges de toute exploration, avec des images Ă  trĂšs haute rĂ©solution spatiale », explique le chercheur.

C’est ainsi qu’il a pu Ă©tablir qu’il existe trois millions d’Adansonia grandidieri sur l’ensemble du territoire malgache, alors qu’on estimait jusque-lĂ  leur nombre Ă  50 000
 Un patrimoine naturel beaucoup plus riche qu’on ne le supposait, mĂȘme s’il est Ă©vident que les baobabs sont menacĂ©s d’extinction, notamment par les populations qui dĂ©frichent pour cultiver. Leur disparition serait un vrai dĂ©sastre pour les hommes qui ont appris Ă  se servir de leurs vertus curatives et nutritives, et qui les nomment selon leur utilitĂ© : reniala pour le baobab de Grandidier, bozy pour le baobab de Suarez. Leurs fruits sont de grosses cabosses, dont la pulpe Ă  la saveur acidulĂ©e, riche en vitamines, permettait aux navigateurs de prĂ©venir le scorbut. Sans oublier la valeur culturelle et cultuelle du baobab, liĂ© depuis toujours aux rites de la fertilitĂ© et de la fĂ©conditĂ© des femmes.

Les travaux menĂ©s par Cyrille Cornu visent prĂ©cisĂ©ment Ă  appuyer la mise en place des aires protĂ©gĂ©es oĂč les populations locales seront appelĂ©es Ă  dĂ©velopper des activitĂ©s durables autour des baobabs, dans le tourisme, notamment. Un enjeu capital pour le pays.

Contact (Cyrille Cornu) : (+261)32 79 536 30
(article publiĂ© dans no comment magazine n°24 – Janvier 2012 ©nocomment Ă©ditions)

 


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On reconnaĂźt l’arbre africain nommĂ© baobab par sa taille exagĂ©rĂ©e, sa hauteur dĂ©mesurĂ©e, mais surtout par sa circonfĂ©rence immense.

Il peut ĂȘtre plus large que haut, avec des branches qui ressemblent Ă  des racines. Pendant une grande partie de l’annĂ©e, celles-ci n’ont pas de feuilles. Ces arbres rares poussent uniquement dans les zones Ă  climats chauds et secs.

L'arbre africain le plus connu : le baobab

L’arbre africain le plus connu : le baobab

1.Un patrimoine africain
On attribue le baobab Ă  l’Afrique, et il est d’ailleurs l’emblĂšme du SĂ©nĂ©gal, bien qu’il existe Ă©galement une variĂ©tĂ© australienne qu’on nomme «Boab». Survivant dans un climat sec et abrupt, il se compose essentiellement d’eau dans son buste, ce qui lui donne un aspect difforme. D’une allure Ă©paisse, le baobab vit trĂšs longtemps et peut dĂ©passer le millĂ©naire. Cet arbre-dĂ©coration peut atteindre 25 mĂštres de haut pour 12 mĂštres de diamĂštre. Quant Ă  ses branches, elles sont irrĂ©guliĂšres et ne disposent de feuilles que trois mois sur douze.
2. Le baobab, un arbre sacré
Son tronc et ses branches Ă©chevelĂ©es font du baobab un vĂ©gĂ©tal caractĂ©ristique car il est Ă©galement un arbre-palabre, soit un arbre autour duquel il est bon pour les habitants du village de se retrouver en confĂ©rence pour bavarder, dĂ©battre des problĂšmes, de la politique ou tout simplement de la vie en sociĂ©tĂ©. Cet arbre de la savane est donc devenu un refuge qu’il est trĂšs mal vu de couper ou d’abĂźmer. Il a longtemps fait l’objet de beaucoup de lĂ©gendes, de croyances et de fĂ©tichismes lui apparentant une figure d’arbre protecteur.
3. La plantation de baobab
Les particularitĂ©s de ce vĂ©gĂ©tal difforme aux propriĂ©tĂ©s surprenantes font beaucoup d’admirateurs et attirent des touristes des quatre coins du globe. Aujourd’hui, la plantation du baobab est rendue possible n’importe oĂč grĂące Ă  la commercialisation de graines. Sur Baobabs.com, vendeur en ligne de diffĂ©rentes plantes et graines tropicales rares, on prĂ©sente diffĂ©rentes variĂ©tĂ©s de baobabs ainsi que des mĂ©thodes de plantation.
4. La gĂ©nĂ©rositĂ© de l’arbre africain
Rarement et seulement pour certaines espĂšces, on observe des floraisons de fleurs de baobabs blanches avachies. La robe du tronc, grĂące Ă  sa propriĂ©tĂ© souple, rĂ©sistante et fibreuse, peut ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ©e pour la fabrication de cordes. Cet arbre immortel rĂ©gĂ©nĂšre perpĂ©tuellement son Ă©corce dĂ©pouillĂ©e et peut donc ĂȘtre exploitĂ© indĂ©finiment. L’arbre produit Ă©galement des fruits ovales renfermant des centaines de graines et dont on peut en tirer un dĂ©licieux jus de baobab ou fabriquer une huile parfaitement comestible.
5. Le baobab est une richesse de la flore africaine
Le baobab, cet arbre gigantesque qui a traversĂ© les siĂšcles, est l’exemple mĂȘme de l’Afrique tropicale et en fait une de ses grandes fiertĂ©s. Le baobab est aujourd’hui plantĂ© partout ailleurs, non seulement pour son allure particuliĂšrement remarquable, mais aussi pour ses avantages.


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Fiche technique de la pulpe de fruit du Baobab bio, matiĂšre premiĂšre de Baomix

Fiche technique de la pulpe de fruit du Baobab, matiĂšre premiĂšre de Baomix

Fiche technique de la pulpe de fruit du Baobab, matiĂšre premiĂšre de Baomix

Conditions de conservation : Stocker dans un endroit frais, Ă  l’abri de l’humiditĂ© et de tout agent oxydant

Utilisations :

  • Utilisation alimentaire : La pulpe est utilisĂ©e directement comme ingrĂ©dient dans diverses prĂ©parations pour ses propriĂ©tĂ©s liante, Ă©paississante et acidifiante : prĂ©parations cĂ©rĂ©aliĂšres telles les bouillies ou couscous (par exemple, le « m utchoyan » au BĂ©nin ou le « ngalakh » au SĂ©nĂ©gal), sauces ou crĂšmes d’accompagnement (par exemple, crĂšme sucrĂ©e Ă  base d’arachides grillĂ©es et pilĂ©es au SĂ©nĂ©gal), prĂ©parations sucrĂ©es cuites Ă  base de fruits locaux (mangue, orange, ditax, etc.).

Elle est Ă©galement utilisĂ©e comme complĂ©ment alimentaire, pour faire coaguler le lait, pour la fabrication de smoothies, jus, barres cĂ©rĂ©aliĂšres, confiture, complĂ©ments vitaminiques et d’autres produits du genre.

Le baobab sauvage qui produit la pain de singe bio

Le baobab sauvage qui produit la pain de singe bio

  • Utilisation en cosmĂ©tique : Du fait de ses propriĂ©tĂ©s lissantes et Ă©mollientes, la pulpe de baobab peut ĂȘtre utilisĂ©e sous forme de savon, de pommades ou de masques, mais aussi pour des soins anti-Ăąges.
  • Utilisation mĂ©dicinale : Des Ă©tudes sur son utilisation mĂ©dicinale ont montrĂ© que la pulpe avait des propriĂ©tĂ©s anti-inflammatoire, antipyrĂ©tique (rĂ©duit la tempĂ©rature), analgĂ©sique (calme la douleur), des propriĂ©tĂ©s anti-diarrhĂ©ique, anti-dysentĂ©rique, un potentiel effet hĂ©patoprotecteur, avec un dosage adĂ©quat.

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FRUIT DU BAOBAB BIO, ETUDE DE LA TRANSFORMATION DE LA PULPE DE BAOBAB EN NECTAR

Mots Clés : Adansonia digitata L. ; baobab ; composition ; nectar ; jus de fruit ; pain de singe.
1. RESUME
Le fruit du baobab (Adansonia digitata L.) ou pain de singe, est traditionnellement consommĂ© dans de nombreux pays d’Afrique. Une enquĂȘte de terrain (SĂ©nĂ©gal) a montrĂ© que la pulpe du fruit est principalement utilisĂ©e pour l’élaboration de boissons de type nectar. Elles ne sont jamais stabilisĂ©es. La caractĂ©risation biochimique de la pulpe rĂ©vĂšle une faible teneur en eau (6 %), une forte aciditĂ© titrable (70 meq/100g) et une teneur Ă©levĂ©e en acide ascorbique (jusqu’à 312 mg/100g). L’analyse de 4 Ă©chantillons provenant de zones gĂ©ographiques diffĂ©rentes montre que la composition varie peu sauf pour l’aciditĂ© et la teneur en acide ascorbique, mais elle subit une certaine variation au cours du temps. L’étude de la transformation de la pulpe en nectar et de sa stabilisation par une pasteurisation thermique classique, met en Ă©vidence une amĂ©lioration de la durĂ©e de conservation du produit qui reste encore trĂšs insuffisante. La flaveur et la couleur du nectar sont affectĂ©es par ce traitement et aussi par une  stabilisation Ă  froid par microfiltration tangentielle.

Le fruit du baobab bio ou pain de singe sur l'arbre type adansonia digitata

Le fruit du baobab bio ou pain de singe sur l’arbre type adansonia digitata

2.  INTRODUCTION
Le baobab, Adansonia digitata L. est un arbre trĂšs ancien qui peut atteindre plus de 1000 ans. Il appartient Ă  la famille des BombacacĂ©es. Il est originaire d’Afrique tropicale oĂč il est caractĂ©ristique du paysage des steppes sahĂ©liennes et savanes soudano-sahĂ©liennes. C’est un arbre de 20 Ă  30 m de haut ayant 3 Ă  9 m de diamĂštre. Le fruit ovoĂŻde, appelĂ© pain de singe, contient des graines noires enrobĂ©es d’une pulpe crayeuse blanche.
Les chiffres officiels mentionnent une production de plus de 3200 t/an de pain de singe au SĂ©nĂ©gal (Institut SĂ©nĂ©galais de Recherche Agronomique/ Direction des eaux, forĂȘts, chasse et conservation des sols). La pulpe du fruit est largement consommĂ©e de façon traditionnelle sous diffĂ©rentes formes. Elle entre notamment dans la formulation de prĂ©parations cĂ©rĂ©aliĂšres et de boissons.
Cette Ă©tude s’inscrit dans le contexte du dĂ©veloppement de la valorisation des produits locaux au SĂ©nĂ©gal. Les objectifs Ă©taient de mieux caractĂ©riser le fruit et d’évaluer son potentiel pour une transformation en nectar Ă  plus grande Ă©chelle. Un premier travail par voie d’enquĂȘte a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© afin d’identifier les principales utilisations locales de la pulpe de pain de singe et de caractĂ©riser les procĂ©dĂ©s traditionnels de transformation. Sur plusieurs Ă©chantillons de diverses provenances, la composition de la pulpe a Ă©tĂ© dĂ©terminĂ©e afin d’évaluer sa variabilitĂ©. Enfin, une premiĂšre approche de la transformation de la pulpe en nectar est proposĂ©e. La stabilisation de la boisson par pasteurisation classique et par microfiltration tangentielle y est Ă©valuĂ©e.

3. MATERIEL ET METHODES
3.1.MatiĂšres premiĂšres
Quatre Ă©chantillons de fruit ont Ă©tĂ© choisis en fonction de leur provenance : 2 provenant de l’Est (Balla et KĂ©dougou), un venant du Sud (Kolda) et le dernier de l’Ouest (ThiĂšs).
A l’achat, les fruits Ă©taient dĂ©barrassĂ©s de leur coque et conservĂ©s Ă  tempĂ©rature ambiante dans des sacs en fibres synthĂ©tiques. Avant analyse, la pulpe qui reprĂ©sente 16 Ă  28 % de la masse du fruit dĂ©coquĂ©, est sĂ©parĂ©e des graines (67-72 %) et des fibres (4-13 %) par pilage au mortier et tamisage (mailles 0,4 mm ).
3.2. MĂ©thodes
Afin d’identifier les diffĂ©rentes utilisations et de dĂ©finir les procĂ©dĂ©s de transformation traditionnels du fruit, une enquĂȘte ouverte a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e sur un Ă©chantillon de 87 personnes (mĂ©nagĂšres, restaurants, marchĂ©s) en zone urbaine (Dakar) et Ă  Saly (80 km au sud de Dakar).
Les caractĂ©ristiques biochimiques des produits ont Ă©tĂ© dĂ©terminĂ©es Ă  l’aide des mĂ©thodes suivantes : humiditĂ© (dessiccation 103 °C), extrait sec soluble (rĂ©fractomĂ©trie), cendres (incinĂ©ration 525 °C), matiĂšres grasses (Soxhlet/hexane), protĂ©ines (Kjeldahl/6,25), vitamine C (rĂ©dox 2-6DCPIP), sucres et amidon (Luff-Schoorl), aciditĂ© titrable (titrimĂ©trie NaOH). Diverses analyses microbiologiques ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es (dĂ©nombrements) : flore mĂ©sophile aĂ©robie totale, levures et moisissures, bactĂ©ries lactiques, coliformes totaux. Une Ă©valuation de la qualitĂ© sensorielle des nectars, a Ă©tĂ© effectuĂ©e.
La pasteurisation du nectar a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e dans un bain-marie Ă  70-80 °C aprĂšs conditionnement en bouteilles verre de 250 mL. La stabilisation Ă  froid du nectar par microfiltration tangentielle a Ă©tĂ© effectuĂ©e sur un pilote IMECA muni d’une membrane tubulaire en cĂ©ramique de diamĂštre moyen de pores 0,2 ”m. Les conditions opĂ©ratoires sont les suivantes : pression transmembranaire de 1,0 Ă  2,9 bar, vitesse tangentielle de 2 m/s, tempĂ©rature ambiante.
4. RESULTATS ET DISCUSSION
4.1.RĂ©sultats de l’enquĂȘte
L’enquĂȘte a rĂ©vĂ©lĂ© que toutes les parties du baobab sont utilisĂ©es : pulpe, graines, coque du fruits, feuilles, Ă©corce, racines et mĂȘme la sĂšve de la plante. La pulpe du fruit est la matiĂšre premiĂšre qui est la plus largement valorisĂ©e. Parmi les 5 principales utilisations traditionnelles recensĂ©es (Figure 1), les boissons de type jus de fruit sont les plus couramment consommĂ©es. Le « ngalakh » arrive en seconde position. Ce mĂ©lange liquide sucrĂ© Ă  base de pĂąte d’arachide, de pulpe de pain de singe et de farine de mil roulĂ©e cuite, est surtout prĂ©parĂ© Ă  l’occasion de fĂȘtes religieuses. Enfin, la pulpe est Ă©galement utilisĂ©e comme acidifiant dans la cuisine traditionnelle.
L’enquĂȘte a Ă©galement permis de caractĂ©riser les procĂ©dĂ©s traditionnels d’élaboration du jus de fruit qui correspond en fait Ă  un nectar. Le schĂ©ma technologique suivi est assez constant (Figure 2). Quelques variantes ont cependant Ă©tĂ© relevĂ©es principalement lors des opĂ©rations de lavage (nombre de lavages, tempĂ©rature de l’eau), d’extraction (durĂ©e du trempage et du malaxage, ratio eau/pulpe utilisĂ©) et de formulation (quantitĂ© de sucre, aromatisation).
Figure 1. Principales utilisations alimentaires traditionnelles de la pulpe de fruit au Sénégal et fréquences de citation dans la population interrogée.
Ng = Ngalakh ; Uti = Utilisations culinaires diverses ; Sa = Sauces ; Co = Compléments alimentaires.
Ces boissons ne sont jamais stabilisĂ©es. Elles peuvent ĂȘtre conservĂ©es Ă  l’état rĂ©frigĂ©rĂ© pendant quelques jours. A la suite de cette Ă©tude, un procĂ©dĂ© standard de transformation de la pulpe en nectar a Ă©tĂ© dĂ©fini. Dans ces conditions la boisson obtenue prĂ©sente un extrait sec soluble d’environ 17 g/100g, un pH de 3,3 et une aciditĂ© titrable de 4 meq/100mL.
4.2.Caractérisation biochimique de la pulpe
Les principaux rĂ©sultats obtenus sont prĂ©sentĂ©s dans le Tableau 1. Certaines caractĂ©ristiques sont remarquablement constantes quelque soit la provenance de l’échantillon. La teneur en eau de la pulpe est trĂšs basse (6-7 %). Elle est un peu plus Ă©levĂ©e pour l’échantillon n° 3 (7,5 %) qui provient d’une zone plus humide.
Ces valeurs sont comparables Ă  celle trouvĂ©e par Nour et al. (1980) [7], mais faibles par rapport au 9,7 % annoncĂ© par Ferre (1939) [8]. Compte tenu de la faible humiditĂ© de la pulpe, la teneur en glucides est trĂšs Ă©levĂ©e. On y trouve, en accord avec [9]  plus de 40 %  d’amidon. Les sucres rĂ©ducteurs sont par contre peu reprĂ©sentĂ©s (4 %) alors que Nour et al. (1980) [7] avaient obtenu 19 %. Cet Ă©cart considĂ©rable peut ĂȘtre liĂ© Ă  la matiĂšre premiĂšre ou au diffĂ©rentes mĂ©thodes d‘analyse utilisĂ©es. La teneur en minĂ©raux est trĂšs Ă©levĂ©e pour un fruit (5 %). Celle en matiĂšre grasse oscille entre 0,5 et 0,8 % ce qui correspond aux rĂ©sultats obtenus par Ferre (1939) [8] mais est plus Ă©levĂ© que les teneurs prĂ©sentĂ©es par Nour et al. (1980) [7] (0,2 %). En accord avec Nour et al. (1980) [7], la pulpe contient environ 2 % de protĂ©ines.
Pour tous les Ă©chantillons, l’aciditĂ© titrable de la pulpe est trĂšs Ă©levĂ©e. Elle contient Ă©galement une quantitĂ© importante de vitamine C. Notons que, par rapport aux autres caractĂ©ristiques, une plus grande variabilitĂ© de composition est mise en Ă©vidence. L’échantillon n° 3 provenant de Kolda est  deux  fois moins  acide (35 meq/100g) que les autres (73 meq/100g en moyenne). Il contient Ă©galement environ 2 fois moins de vitamine C (126 au lieu de 239 mg/100 en moyenne). L’incidence des conditions pĂ©doclimatiques, du stade de maturitĂ© du fruit Ă  la rĂ©colte et des conditions de stockage de la pulpe, sont autant de facteurs qui peuvent expliquer ces variations.

Le fruit du baobab bio ou pain de singe séché naturellement

Le fruit du baobab bio ou pain de singe séché naturellement

Fruit décoqué
100 kg
Tri Lavage
0 – 3 lavages eau
30 ou 100 °C [30]
Trempage
5 – 480 min [100]
30 °C
Malaxage
5 – 15 min [7]
30 °C, manuel
Tamisage
0,4 – 0,5 mm [0,5]
30 °C
Eau
100 – 500 L [265]
Nectar
150 – 600 L [230]
Sucre
50 – 125 kg [68]
Autres
Lait, extrait vanille, jus de fruit
Conditionnement
Bouteilles plastique
Stockage
1 – 7 j [2]
4 °C
Formulation
Graines/fibres
4.3.Evolution de la composition de la pulpe au cours du stockage
Afin d’évaluer la stabilitĂ© de la pulpe et l’incidence du stockage sur sa qualitĂ©, l’évolution de sa composition au cours d’un stockage Ă  tempĂ©rature ambiante (30 °C) a Ă©tĂ© suivie pendant 35 j (conditionnement en poches plastique non-Ă©tanches). La teneur en eau de la pulpe augmente significativement pendant le stockage (+80% en 1 mois). Le caractĂšre hygroscopique de la pulpe est donc mis en Ă©vidence. Durant le stockage, la teneur an vitamine C passe de 126 Ă  94 mg/100g (base sĂšche). Cette diminution rĂ©sulte probablement d’une dĂ©gradation oxydative de l’acide ascorbique. Une augmentation de l’aciditĂ© titrable de la pulpe est Ă©galement notĂ©e (+50 % aprĂšs 35 j). Ces Ă©volutions pourraient ĂȘtre d’origine biochimique. Compte tenu de la faible teneur en eau du produit, il est peu probable qu’elles soient liĂ©es Ă  un dĂ©veloppement microbien. Nous avons Ă©galement constatĂ© une Ă©volution de la couleur de la pulpe : elle fonce pendant le stockage.
Ces rĂ©sultats montrent que d’importantes modifications de composition peuvent intervenir pendant le stockage. Pour limiter la reprise en eau et les phĂ©nomĂšnes oxydatifs, l’utilisation d’emballages Ă©tanches et opaques doit ĂȘtre envisagĂ©e.
4.4 Transformation de la pulpe en nectar
4.4.1 Préparation du nectar
Le nectar a Ă©tĂ© prĂ©parĂ© en se basant sur la procĂ©dure prĂ©sentĂ©e sur la Figure 2. La sĂ©paration de la pulpe des graines et des fibres est rĂ©alisĂ©e par trempage, puis tamisage (1kg de pulpe dans 3L d’eau). En effet, la sĂ©paration de la pulpe des graines et des fibres peut ĂȘtre aisĂ©ment obtenue en associant un trempage Ă  froid de 30 min, Ă  un malaxage de 4 min.

Tableau 1. Principales caractéristiques biochimiques de la pulpe pour 100g de matiÚre sÚche.

Echan-

tillons

Humidité*

(g)

Amidon

(g)

Sucres réduc.

(g)

Acidité

titrable

(meq)

Cendres

(g)

MatiĂšres grasses

(g)

Proté-

ines

(g)

Vit. C

(mg)

N°1

Balla

6,3

41,4

3,8

77,3

6,3

0,5

2,6

195

N°2

KĂ©dougou

6,6

42,3

3,9

69,0

5,2

0,8

2,1

209

N°3

Kolda

7,5

35,0

4,3

0,5

1,8

126

N°4

ThiĂšs

6,2

42,1

3,6

73,1

4,7

0,7

2,3

312

* pour 100g de matiĂšre fraĂźche.
Pour les essais, la quantitĂ© de sucre ajoutĂ© lors de l’étape de formulation a Ă©tĂ© fixĂ©e Ă  47 kg pour 100 kg de fruit afin d’obtenir un nectar final Ă  13 % d’extrait sec soluble. Cette boisson prĂ©sente un pH de 3,3, une aciditĂ© titrable de 3,8 meq/100mL, des teneurs en matiĂšre sĂšche totale, vitamine C, cendres et protĂ©ines respectivement de 14,6 g/100g, 13 mg/100g, 0,17 g/100g et 0,15 g/100g. Elle ne se conserve que 4 j Ă  4 °C car au-delĂ , des modifications significatives de couleur et de flaveur sont dĂ©tectĂ©es.
4.4.2 Pasteurisation
Les rĂ©sultats des analyses microbiologiques sont prĂ©sentĂ©s dans le Tableau 2. La pulpe du fruit est peu contaminĂ©e avec une flore aĂ©robie totale de l’ordre de 4 103 ufc/g. En terme microbiologique, l’efficacitĂ© du traitement thermique utilisĂ© semble dĂ©montrĂ©e et le produit obtenu est conforme aux normes en vigueur pour les nectars pasteurisĂ©s. La composition du nectar est peu modifiĂ©e par la pasteurisation bien qu’une perte de 10 % soit notĂ©e pour la vitamine C. En revanche, les tests sensoriels montrent que l’arĂŽme et la couleur du nectar sont significativement affectĂ©s par le traitement. En complĂ©ment de cette Ă©tude, des tests de conservation ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s. MalgrĂ© les bons rĂ©sultats des analyses microbiologiques, des modifications de flaveur du nectar pasteurisĂ© ont Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©es aprĂšs 11 j de stockage Ă  4 °C.
Tableau 2. RĂ©sultats des analyses microbiologiques

Analyses

Pulpe

(ufc/g)

Nectar frais

(ucf/mL)

Nectar pasteurisé

(ucf/mL)

FMAT

3,7.103

5,6.105

< 10 2

Bactéries lactiques

5.10 2

1,6.102

Absence dans 1 mL

Levures

<10

<10

Absence dans 0,1 mL

Moisissures

2,0.10 3

3,4.103

< 10 2

Coliformes

<10

<10

Absence dans 1 mL

4.4.3 Microfiltration

Compte tenu du diamĂštre de pores de la membrane utilisĂ©e (0,2 m), la filtration permetd’obtenir un permĂ©at stĂ©rile. Dans les conditions testĂ©es, la densitĂ© de flux de permĂ©at se stabilise aprĂšs 30 min de filtration Ă  25 L/h.mÂČ. Ces performances, faibles par rapport Ă  celles habituellement obtenues sur d’autres jus de fruit, sont probablement liĂ©es Ă  la viscositĂ© Ă©levĂ©e du produit. Elles devraient nĂ©anmoins pouvoir ĂȘtre amĂ©liorĂ©es en optimisant les conditions de filtration (vitesse tangentielle, tempĂ©rature) ou en y associant un traitement enzymatique. La composition en solutĂ©s du permĂ©at n’est pas significativement diffĂ©rente de celle du nectar initial. La stĂ©rilitĂ© du permĂ©at, qui est thĂ©oriquement garantie sur ce type de membrane, n’a pu ĂȘtre vĂ©rifiĂ©e suite Ă  des problĂšmes de contamination des Ă©chantillons lors des prĂ©lĂšvements. L’évaluation sensorielle de nectars reconstituĂ©s Ă  partir de permĂ©at et de rĂ©tentat a montrĂ© que la couleur et le goĂ»t sucrĂ© du produit sont peu diffĂ©rents de ceux du nectar frais. Par contre, l’arĂŽme et le caractĂšre pulpeux semblent significativement attĂ©nuĂ©s par le traitement.

5. CONCLUSION
La pulpe du fruit du baobab, caractĂ©risĂ©e par son aciditĂ©, sa teneur en vitamine C, un taux de lipides et de protĂ©ines assez faible, donne aisĂ©ment une boisson de type nectar. Certains constituants du fruit Ă©voluent en fonction des zones de production et au cours du stockage. La stabilisation du produit par pasteurisation et microfiltration rĂ©duit la flore totale et prolonge de quelques jours la durĂ©e de conservation. Cependant des modifications organoleptiques sont constatĂ©es aprĂšs traitement. Dans la perspective d’une transformation Ă  plus grande Ă©chelle, des Ă©tudes complĂ©mentaires doivent ĂȘtre entreprises : Ă©tude de la matiĂšre premiĂšre au cours du stockage, recherche d’un procĂ©dĂ© de stabilisation du nectar affectant le moins possible sa qualitĂ©, et Ă©ventuellement rĂ©alisation  d’un prĂ©traitement enzymatique.