Sénégal : le baobab, l’emblème national en danger

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Au Sénégal, le baobab fait partie du patrimoine culturel et historique. Pourtant, il se meurt. Reportage dans la forêt de Nguekokh, dans la région de Thiès, touchée par la déforestation.
A l’entrée de la forêt de Nguekhok, une poignée de baobabs bordent la route. « Avant, c’était rempli ici », souffle Tomas Diagne, engageant son 4X4 noir sur le sillon de terre sèche. Nguekokh, dans la région de Thiès au sud de Dakar, fut longtemps considérée comme l’une des forêts de baobabs les plus denses au monde. En dix ans, elle aurait perdu la moitié de ses occupants.

Tomas Diagne est biologiste, spécialiste des tortues africaines. Voilà des années que ce Dakarois d’origine s’adonne à son autre passion et milite pour la préservation des baobabs, ces arbres emblèmes du continent africain. « Ma rencontre avec eux est accidentelle », aime-t-il à raconter. C’est d’abord un intérêt accru pour la longévité des baobabs, tenant du mythe pour beaucoup de Sénégalais, qui a conduit Tomas Diagne à les observer et à rejoindre le milieu associatif. « J’ai croisé des gens comme Sébastien Garnaud qui a lancé l’association française Inecoba et m’a demandé de participer. »

un Baobab, Isola di Gorée, Dakar, Senegal, Africa

En 2009, ils lancent « Educo baobab », programme d’éducation aux baobas, financé par la ville française d’Aulnay-sous-Bois. Un « kit Baobécole » est alors distribué dans des écoles de Rufisque, à l’est de Dakar, jumelée avec la ville de Seine-Saint-Denis, afin de les sensibiliser à cet arbre « encore trop méconnu ». Si son travail de biologiste lui prend tout son temps, les baobabs trouvent tout de même une place dans le quotidien de Tomas Diagne. A 49 ans, il est un véritable passionné. « Le symbolisme de l’arbre me fait vibrer. Sa beauté, sa forme. »

L’Homme, le fléau du baobab
Sur la droite de la route, un grillage de deux mètres de haut sépare la réserve animale de Bandia de la forêt de Nguekokh. Les baobabs les plus chanceux ont poussé à Bandia, zone de safari classée et protégée. Les autres, dans le domaine public de Nguekokh. Puisqu’aux yeux de la loi foncière, la commune peut octroyer des parcelles de terre à n’importe quel villageois, les abattages d’arbres pour dégager de l’espace sont fréquents. « Le nombre de baobabs rétrécit à vue d’œil », soupire le biologiste.

A gauche, un arbre situé dans la réserve classée de Bandia. A droite, deux baobabs ne bénéficiant d’aucune protection © Caroline Quevrain
A gauche, un arbre situé dans la réserve classée de Bandia. A droite, deux baobabs ne bénéficiant d’aucune protection © Caroline Quevrain
S’ils ne sont pas rasés, les Adansonia digitata (nom scientifique, NDLR) subissent l’intervention de l’Homme quotidiennement. « Les éleveurs montent dessus pour en couper les feuilles et pour nourrir leur bétail. Résultat, l’arbre ne peut plus se régénérer, développe des formes de cancers au niveau des branches et périclite », explique Tomas Diagne.

Autre fléau pour la régénération du baobab, peut-être le plus inquiétant: l’utilisation de ses fruits à des fins commerciales. « Des gens dont c’est le métier collectent les fruits car leur pulpe a une valeur marchande. Ils se vendent au kilo partout dans le monde. » En effet, le « pain de singe » que l’on consomme en jus est très prisé à travers la planète, notamment en Europe où il s’arrache pour 20 euros environ les 160 grammes de poudre.

La solution des réserves naturelles communautaires
Les menaces qui pèsent sur le baobab fluctuent selon les régions du Sénégal. Dans la péninsule de Dakar, c’est l’expansion urbaine qui cause sa disparition tandis qu’à Kedougou (ville du Sud-Est du pays), c’est la récolte de ses fruits qui cause sa perte.

Pour lutter contre ce phénomène grandissant, Tomas Diagne a une ambition. Celle de créer une vaste réserve naturelle de baobabs au Sénégal, destinée à protéger l’espèce. « Cela peut être ici, à Nguekokh, ou ailleurs, comme à Fissel Mbadane (région de Thiès, NDLR). J’aimerais qu’il y ait un écomusée à l’intérieur, sur l’Histoire de l’arbre, qui permettrait aux visiteurs de la réserve de comprendre davantage de choses dessus. »

Le biologiste s’appuie sur la loi sénégalaise qui, depuis dix ans, permet aux collectivités locales de créer des réserves naturelles communautaires, lorsqu’une communauté souhaite protéger une espèce ou un lieu. « Je l’ai déjà fait pour une espèce de tortues au lac de Guiers (nord du Sénégal, NDLR), assure-t-il. Si l’on pouvait faire de 5.000 hectares de la forêt de Nguerkokh une zone protégée, ce serait une belle avancée. »

Alors, dans un pays où le baobab est emblématique, comment ne pas s’offusquer de sa disparition ? « Un pays se choisit des symboles, il doit par conséquent les protéger », semonce Tomas Diagne, pour qui la situation relève de l’absurde. Conférer à l’arbre le même statut que celui du lion, autre emblème sénégalais, serait une solution pour le biologiste. « Pour pouvoir tuer un lion, il faut avoir obtenu une autorisation expresse et écrite du président de la République. »

Début de sensibilisation
A dire vrai, Tomas Diagne attend très peu du gouvernement sénégalais. Selon lui, « l’Etat fait semblant. Le changement ne se fera que par des initiatives personnelles, ciblées, venant de gens qui vont se lever et alerter sur la situation. » Si le scientifique reconnait un début de sensibilisation auprès de la population, c’est loin d’être suffisant.

Optimiste de nature, Tomas Diagne n’en est pas moins modéré: « Mon temps est limité et j’ai des obligations professionnelles mais je continue, car je fais ça par amour. Pour le baobab, les choses ne se règleront pas, mais peuvent s’améliorer si des initiatives fortes se mettent en place. »

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